La société Alazard et Roux est en redressement judiciaire depuis la mi-avril. Son directeur est « catégorique » : il ne fermera pas. Mais son activité a des répercussions sur la filière agricole qui réfléchit à des solutions alternatives.

 

Le sujet a été effleuré lors de la dernière séance du Conseil départemental, le 29 juin. En amont de l’ordre du jour, la présidente Martine Vassal (LR) a voulu mettre un coup de projecteur sur la filière agricole : 4 200 exploitations réparties sur 150 000 hectares et environ 20 000 salariés. Outre les difficultés inhérentes au métier, dans les Bouches-du-Rhône s’ajoute en ce moment la situation de l’abattoir de Tarascon. L’établissement Alazard et Roux, le seul du département, est en redressement judiciaire depuis le 13 avril dernier. « Je suis catégorique, il n’y a aucune inquiétude à avoir pour l’avenir de l’entreprise », se veut rassurant Olivier Roux, directeur de l’abattoir dont il est à la tête depuis sa réouverture en 1992. L’entreprise est pourtant endettée à hauteur de 3 millions d’euros. « Dont la moitié envers les éleveurs, cela en concerne 40 à 80, dans le département, mais aussi le Vaucluse et le Gard », chiffre Rémy Benson, président du pôle élevage au sein de la chambre d’agriculture des Bouches-du- Rhône.

Plusieurs éléments ont concouru à la mise en redressement de l’abattoir, « à ma demande et j’en garde la gestion », précise Olivier Roux : baisse de 12% de la consommation de la viande ou lourd investissement dans l’achat d’un autre abattoir à Carpentras (Vaucluse) dont la vente fait partie du plan de redressement. «Il n’y aura pas de plan social, mais 7 licenciements dont 3 sont des départs à la retraite anticipés sur 70 salariés au total », assure le directeur qui compte bien sortir du redressement au bout de la période de six mois. « On amorce le virage du numérique avec de la vente en ligne pour mettre en avant la qualité des produits », illustre Olivier Roux.

La situation inquiète néanmoins élus et éleveurs. « Nous sommes investis à faire en sorte que cet outil puisse subsister », indique Lucien Limousin, maire (LR) de Tarascon, également vice-président du Département délégué à l’agriculture. « L’abattoir est essentiel pour la pérennité de toutes les filières agricoles et à la promotion de labels tels que l’AOP “Taureau de Camargue” », ajoute Nicolas Koukas, conseiller départemental (PCF) du pays d’Arles. Fin juin, un groupe de travail entre l’entreprise, les collectivités et les éleveurs s’est constitué.

Le SOS aux collectivités

« J’en appelle au soutien des collectivités, lance Olivier Roux. En Occitanie, les 4 abattoirs sont très soutenus. L’an passé, celui d’Alès [Gard] a accusé un déficit de 600 000 euros que la Ville a comblé. Ici, j’assume seul ». Seule la Région a la compétence légale pour intervenir mais aussi l’Agglo d’Arles- Crau-Camargue-Montagnette, dont Lucien Limousin est aussi l'élu en charge de l’agriculture. « Il est impératif d’avoir un abattoir sinon c’est la mort de l’élevage dans les Bouches-du- Rhône », prévient Rémy Benson, lui-même éleveur ovin et bovin à Arles.

Les professionnels ont aussi « un projet de salle de découpe en commun gérée par les éleveurs à Saint-Martin-de Crau », projette Rémy Benson. « On regarde les expérimentations ailleurs. En Bourgogne, il existe un abattoir mobile qui vient directement sur les exploitations. Le but est de transporter des carcasses et non plus des bêtes vivantes, c’est important à l’heure du bien-être animal », commente l’éleveur. Un autre sujet d’actualité.

Florent de Corbier

Article paru le 11 juillet 2018 dans la Marseillaise